Anne- Christine Roda defines a highly original interpretation of the portrait:  in her work the painting is entirely subjugated to the portrayal of man’s fragility. 

 

Her paintings, in terms of the choice of pose for her models and the neutral treatment of their backgrounds are as rooted in tradition, as her subjects are sourced unequivocally from our contemporary era.  Her choice of subject speaks directly to our everyday lives.

 

Hers ‘sitters’ – very diverse in age and social status are striking in their individuality. Yet going beyond the individual, their very diversity represents disparate fragments of a mosaic combining to reveal an image of humanity pulsating with life.  Through this shared humanity each portrait has the power to evoke in an instant for the viewer, the most personal of memories.

 

Thanks to her training as a picture restorer, Anne Christine, with each meticulously applied layer of paint gradually reveals her sitters face in all its naked intimacy.  The features emerge with precision and realism.  The gentle hollow of a fine wrinkle, the texture of a strand of hair or even the moisture of a glistening eye: it’s in this quest for exactitude and fidelity to her subject that the individual is revealed in all its sensitivity.   The choice of a neutral expression is deliberate, in so doing, leaving the portrait open to the personal interpretation of each person who stands before it.

 

The technique of precision exercised in the treatment of each face extends also to the sitter’s body and clothes.  These latter anchor the composition firmly in our era through the creases of a crumpled tee shirt, the delicate embroidery on a bodice or a simple tattoo.

 

It was the dawn of photography amongst other things that heralded the decline of the painted portrait and yet it is from a photograph that Anne Christine works, ultimate proof that while digging deep into the traditions of her art form she distances herself from this very tradition in seeking a naked rawness in her representations.

 

The artist’s visual interpretation of her subject, the viewer’s gaze on the work of art, that questions the representation of reality- when the painting becomes both a reflection and a fragment of humanity.

          L’œuvre d’Anne-Christine Roda est intemporelle, elle s’inscrit dans la plus grande tradition des peintres portraitistes qui ont marqué l’histoire de la peinture. Vermeer peignit « jeune fille à la perle » en 1665, Anne-Christine peint les Lola, Anwen, Karen, Nicole, Emi, Nadine … de notre temps.

             Ce qu’elle aime avant tout ce sont les visages, à travers lesquels elle semble s’appliquer à décoder les parcours de vie.

Anne-Christine lit à « portraits ouverts », peignant, attentive et silencieuse, sa thèse en sociologie du visage. Documentaliste spécialisée, elle constitue et alimente par ses œuvres une sorte de bibliothèque où elle ordonne et classe sagement ses « livres de chevalet » sur les étagères du temps.

            Ses œuvres fonctionnent comme des instantanés de vie de modèles surpris dans la lumière d’une toile.

           Son vocabulaire, ponctué de points de beauté, se constitue des rides, des sillons ou des plis de la chair, dont elle se sert pour écrire les lignes de nos vies. Sur la peau, comme un manuscrit parcheminé et abrasé par les coulures du temps, Anne-Christine révèle, force de sa peinture, ce que nous ne voulons ou pouvons entrevoir dans le miroir.

La peau est souvent devenue cette forme d’étoffe de chair tissée et peinte de tatouages pour exprimer sa différence, une recherche d’identité, une volonté d’individualisation ou au contraire de revendication d’appartenance. Et l’on court chez le tatoueur s’acheter de nouveaux tissus, de nouvelles armures, de nouvelles étoffes ornées de nouveaux motifs comme autrefois on guettait la collection d’hiver ou d’été des grands couturiers.

Pour tenter de s’affranchir, les hommes et femmes de ce début de XXI ème siècle timbrent et affranchissent leur enveloppe de chair.

Les peaux qu’elle peint et brosse infatigablement, dépeignent l’époque et ses moeurs. Ses toiles constitueront pour les générations futures des témoignages insignes et précis du rapport au corps qu’entretinrent les hommes et femmes de notre temps.

 

         Anne-Christine interroge sans cesse le fourreau physiologique qui nous accueille et nous contient un moment dans cette brève histoire du temps d’une vie d’homme. Interrogeant les corps, elle y recherche aussi la manière dont l’esprit s’y manifeste et comment s’opère la jonction entre le visible et l’invisible. De ce point de vue son œuvre est donc, et tout d’abord, une longue interrogation et méditation métaphysique cherchant, par l’examen clinique de la matière humaine et sa reproduction graphique et peinte, à déterminer qui du contenant ou du contenu trahit le mieux et le plus tôt l’autre.

 

       Pas de sourires dans sa peinture qui de ce point de vue se différencie totalement de la photo où l’on invite et enjoint constamment à sourire, institutionnalisant le mensonge. Effacé le malheur, effacée la souffrance, bannie la mélancolie ce droit à la tristesse ! Il faut sourire, c’est moins triste ! En somme la vie comme une longue partie de rigolade ! mais alors, si le sourire est tellement naturel, pourquoi constamment le convoquer à haute voix comme on commande au chien de sortir de sa niche ? A-t-on encore le droit de ne pas sourire ? le risorius de Santorini est aux ordres et s’acquitte avec soumission de son rôle d’enluminure du visage photographié.

 

         Si les modèles d’Anne-Christine ne sourient pas, c’est parce qu’elle les convoque sur une toile pour des motifs bien plus profonds ; tenter notamment de traduire des états d’âme plus subtils qui supposent une observation très intime de l’être. Plus complexe d’exprimer un état méditatif ou la mélancolie d’un regard, que de dessiner un sourire. Tenter d’exprimer un état d’âme dans une peinture relève de la maitrise et c’est bien de cela dont il est question ici.

Ce qui semble aussi transparaitre dans son travail, c’est un profond amour de l’Homme, une haute conscience de l’altérité, un profond désir d’accompagnement de l’autre dans la vie. Cette œuvre philanthropique empreinte d’une profonde sensibilité et de compassion est soutenue par une technique irréprochable totalement mise au service de l’expression des sentiments intimes du personnage qu’elle tente de faire suinter à travers la toile. Tandis qu’on pourrait juste se laisser fasciner par la maitrise d’un savoir-faire poussé au plus haut degré de technicité possible, il s’agit bien d’une œuvre militante, un appel à aune autre humanité possible, plus douce, plus humaine, plus fraternelle.

         Chez Anne-Christine là où on croit voir le corps, il faut rechercher l’âme …

 

        Quant aux scènes de vie maraudées dans la rue qu’Anne-Christine traite avec éloquence et virtuosité, je ne peux me dispenser d’évoquer Leonardo Cremonini, peintre des reflets. Il ne s’agit pas ici de créer artificiellement une filiation, juste peut être de souligner la démarche politique commune : dénoncer l’enferment volontaire des masses dans des comportements dictés par la pression de conformité. Les scènes de genre d’Anne-Christine, dans cette sorte de quiétude qu’elles semblent nous offrir, constituent pourtant autant de réquisitoires tranquilles et discrets contre nos modes de vie conformistes par adhésion, par soumission et par absence d’esprit critique.

        Anne-Christine Roda a juste choisi d’en appeler silencieusement à la conscience …

 

Maurice Simon

On a parfois du mal à croire que ce ne sont pas des photographies en regardant les peintures à l’huile d’Anne-Christine Roda.

 

Et pour cause, l'artiste possède un don si unique pour la peinture que celle-ci parvient à faire de ses toiles de véritables œuvres hyperréalistes, déconcertantes de réalisme, qui s’inscrivent dans la tradition des peintres portraitistes qui ont marqué l’histoire de la peinture.

Parmi ces peintres, Vermeer entre autre, et "La jeune fille à la perle" pourrait être une des sources d'inspiration puisée dans l'œuvre de ce dernier.

J'ai toujours été fascinée par les grands peintres flamands et hollandais du XVIIe siècle, qui réalisaient le portrait d’un de leurs proches, par leur compréhension de la lumière et des ombres, la tonalité et les relations entre les couleurs, les compositions, l'ambiance générale qu’ils traduisaient dans leurs travaux, et c’est cette prouesse artistique que je retrouve dans l’œuvre d’Anne-Christine Roda. 

 

Elle parvient en effet à reproduire dans ses peintures chaque détail, ce qui rend le résultat saisissant et déstabilisant.

Loin de la surenchère d’images que nous impose notre monde moderne, Anne-Christine Roda préfère prendre le contre-pied de la tendance actuelle en faisant de ses œuvres dans leur construction un véritable éloge de la culture du portrait, de la pudeur aussi, développant ainsi une vraie esthétique photographique, et parvenant comme par magie à faire sortir ses modèles de la toile.

Elle préfère pour sa part prendre un temps infini à peaufiner ses tableaux, apportant une netteté et une méticulosité incroyable afin de les confondre avec des clichés quasi réels.

Elle est ainsi capable de représenter ses modèles comme s’ils étaient vus par le spectateur et que le peintre s'effaçait de sa présence.

 

Ses peintures d’après modèle vivant ou photographie parlent doucement, le travail de sa technique vous demande plus d'attention, de proximité et d'écoute. Toutes les textures et matières sont parfaitement représentées avec une finesse incroyable où le corps semble prendre vie. Elles sont d’ailleurs plus évocatrices que des photographies, car l’artiste parvient à rendre parfaitement la texture de ce qu’elle peint.

 

La pureté de son œuvre tient pour beaucoup à ce qu’elle ne cherche pas à sublimer ses modèles mais s’attache au contraire aux imperfections physiques de ceux-ci, pour les rendre extraordinairement touchants, et authentiques.

 

Ses sujets de prédilection : les portraits et les nues et quelques scènes de vie. Non contente de savoir rendre l’aspect de la peau humaine incroyablement réaliste, avec ses rides, ses sillons et ses plis, Anne-Christine Roda est aussi capable de recréer l'illusion de la matière qu’elle parvient à reproduire à la perfection, et ce qui sort de son atelier est pour le moins spectaculaire et fascinant.

Les corps nus ou presque ainsi que ses portraits sont comme un arrêt sur image. L’évocation est sensuelle, sensible, plus vraie que nature, douce et apaisante, et enfin sans artifice.

 

Pour Anne-Christine Roda, l’on sent bien que l'hyperréalisme ce n'est pas seulement d'aller chercher un maximum de détails, mais c’est surtout un moyen de parvenir à aller chercher un maximum d'émotions en installant ses modèles dans une expression très intérieure.

 

S’agissant de ses scènes de vie, si le spectateur a l’impression qu’il surprend une scène, en réalité, tout est soigneusement construit, pensé et composé au détail près. Anne-Christine Roda capture ses instants de vie ou des scènes parfois étranges qui en disent long sur notre société. Son œuvre transforme un instant en une universalité intemporelle en se faisant l’observatrice des comportements humains.

 

            Anne-Christine Roda est une artiste qui peint la réalité sensible de notre monde. C’est donc grâce à la construction de ses compositions, à sa gestion de la lumière ainsi qu’à la qualité photographique de ses tableaux qu’elle parvient à fasciner le spectateur, jouant sur son instinct voyeuriste, et à créer non seulement le doute sur sa toile mais aussi l’opportunité de nous livrer sans borne à l’observation anatomique de nos semblables.

 

 

 

Véronique Adrai

Galerie Courcelles Art Contemporain